Allocution au Cimetière français de Mers El Kébir

4 juillet 2015

Nous commémorons aujourd’hui le souvenir de nos 1297 marins français, morts pour la France, emportés malgré eux dans un des drames terribles qui ont jalonné la seconde guerre mondiale.

Comment comprendre en effet que les alliés de la veille se retrouvent face à face le lendemain dans un affrontement fratricide qui reste encore aujourd’hui une blessure profonde ?

Malgré cela, il nous faut écarter la tentation de raccourcis hâtifs et bien garder présents à l’esprit le contexte de l’époque et la complexité de la situation des Alliés qui ont conduit à ces événements tragiques.

N’oublions pas, en effet, la situation terrible et les incertitudes colossales qui pesaient sur les Alliés au début de la seconde guerre mondiale. Tous ont eu à prendre des décisions lourdes de conséquences. Des décisions politiques, appliquées ensuite par les marines, ont eu des effets dévastateurs. Certains ont dû exécuter l’inconcevable : canonner leurs frères d’armes.

L’heure est maintenant à l’apaisement et la réconciliation, une nouvelle fois réaffirmée entre deux marines qui ont combattu côte à côte et combattront encore ensemble pour défendre leurs valeurs communes articulées autour de la défense de la liberté. Les historiens anglais, avec une honnêteté intellectuelle qui les honorent, ont su analyser froidement et finement l’enchaînement et les calculs qui ont conduit à ce drame. Ils apportent une lumière crue sur ces décisions politiques cruelles et injustes – comme les faits le montreront par la suite.

Les marins français ont été touchés dans leur chair et sont morts pour la France, touchés dans leur honneur par le mépris porté à leur parole donnée, emportés dans la tempête de l’histoire.

Ils n’ont à aucun moment démérité et leur sacrifice nous confirme leur valeur et leur droiture, malgré le brouillard de la guerre.

Je rends aujourd’hui hommage, avec l’équipage de la frégate Courbet, venu honorer nos frères d’armes, à ces 1297 marins français.

Ils ont donné leur vie pour que nous puissions, nous-mêmes, aujourd’hui vivre en paix. Le souvenir de leur sacrifice doit rester dans nos esprits et nous guider dans notre engagement au service de la France. L’honneur, inscrit au fronton des passerelles de tous nos bâtiments reste pour nous une valeur cardinale.