Nombreux sont ceux, à commencer par les historiens, qui ont évoqué le silence des marins rescapés de Mers-el-Kébir, ou tout au moins la difficulté qu'ils éprouvaient à en parler. Etait-ce de la pudeur, ou par un désir de ne plus raviver le traumatisme subi ? Tout cela est sans doute vrai mais, à l'analyse, on s'aperçoit qu'en réalité on ne leur a pas laissé le choix et que ce silence ne fut que la traduction de l'ostracisme qui a trop longtemps prévalu à l'égard de ces marins oubliés, de ces veuves et de ces orphelins qui n'arrivaient pas à comprendre que leur mari ou leur père était mort sous les coups fratricides de leur allié. Il a fallu attendre quelques dizaines d'années pour que ces hommes et ces femmes relèvent enfin la tête en décidant de prendre eux-mêmes en mains les moyens nécessaires pour tirer les marins de Mers-el-Kébir de l'oubli.

C'est le hasard d'un voyage en Algérie, organisé en 1984 par une association d'anciens marins, qui a mis en contact quelques personnes qui allaient enfin briser le silence fracassant entourant le drame de Mers-el-Kébir : Madame GRALL, veuve de Xavier GRALL, ingénieur mécanicien sur le « Dunkerque », Madame PODER, veuve du lieutenant de vaisseau Francis PODER, disparu sur la « Bretagne », et Monsieur Robert DINE, quartier-maitre mécanicien, rescapé du « Dunkerque », furent ainsi les éléments moteurs de la création de l'association.

 

Créée le 14 septembre 1984, elle avait ainsi pour objet :

  • de sortir de l'oubli les victimes des tragiques événements de juillet 1940
  • de leur faire rendre un hommage officiel
  • de faire revenir en France les restes des corps inhumés dans le cimetière de Mers-el-Kébir
  • de recueillir tous les témoignages et la documentation se rapportant à ces événement

Au fil des ans, ce travail de mémoire a été accompli avec persévérance, dans un contexte où se mêlent à la fois la manifestation de nombreuses sympathies et les expressions ou les interventions moins avouables à l'égard de ces morts qui dérangent toujours : des commémorations ont eu lieu tous les ans à l'occasion du 3 juillet (Brest, Toulon, et dans plusieurs autres villes encore) avec le soutien des organisations patriotiques et du Souvenir Français et une présence irrégulière des autorités militaires et civiles...

Des lieux de mémoire ont été aménagés, tel le monument du cimetière de Kerfautras à Brest érigé par l'association, ou les plaques commémoratives de la « Bretagne » et du « Dunkerque » à Toulon, ainsi qu'au Croisic, ou l'inauguration de noms de rues se rapportant au drame du 3 juillet (à Brest, à Renazé, Sollies-le-Pont etc...).


Certains événements sont venus ponctuer la vie de l'association, en particulier à l'occasion du cinquantenaire qui a été marqué par une cérémonie officielle avec dépôt de gerbe à l'Arc de Triomphe le 16 mai 1990, ou le rappel du rôle de Winston Churchill dans les prises de décision qui ont conduit à cette tragédie, à l'occasion de l'inauguration de sa statue à Paris. Enfin le retour des restes d'un marin inconnu de Mers-el-Kébir, inhumé dans le carré militaire du cimetière de Kerfautras à Brest.

La recherche documentaire est également une activité permanente de l'association, tant en ce qui concerne les témoignages que la recherche de documents pouvant contribuer aux travaux historiques ou aux nombreux articles parus en France ou à l'étranger sur ce sujet L'association a compté plus de 500 adhérents, mais beaucoup de rescapés et de veuves sont décédés : Madame GRALL qui fut la première présidente de l'association et Monsieur DINE qui lui a succédé sont aujourd'hui disparus.

Mais notre activité se poursuit et la relève est petit à petit assurée par des enfants ou même des petits-enfants des marins disparus, ainsi que des sympathisants sans cesse plus nombreux, afin de continuer l'indispensable devoir de mémoire.

 

Parmi les sujets qui retiennent notre attention aujourd'hui : Le Cimetière de Mers-El-Kébir : le retour des restes en France demeure notre priorité absolue. Car malgré les travaux entrepris sur place, nous pouvons légitimement craindre pour la pérennité de ce cimetière. La pétition que nous avons lancée, s'inscrit ainsi dans la persévérance dont nous ne cesserons de faire preuve face à ceux qui pensent toujours que ces victimes sont moins dérangeantes là-bas ! Le 3 juillet 2006 à Brest, une cérémonie commémorative s'est déroulée devant la tombe du marin inconnu de Mers-el-Kébir, en présence de l'Ambassadeur de Grande-Bretagne, Sir John HOLMES et d'une délégation d'anciens marins du HMS Hood .

66 ans après le drame cet événement historique, malheureusement peu relayé par les médias, traduit notre volonté commune de rendre hommage à ces marins. Ce geste de réconciliation, nous l'avons voulu, mais il ne contredit en rien notre volonté de ne pas oublier que ce drame a eu lieu et quels en furent les véritables instigateurs. La création du site internet participe aussi de cette volonté de continuer à exister pour que, contre vents et marées, nous puissions exprimer notre besoin de justice pour ces marins, dans un message universel qui s'adresse au plus grand nombre. Le cénotaphe de la Pointe St Mathieu (Finistère) est un lieu de mémoire dédié à tous les marins morts pour la France, qui prend de l'importance et auquel nous devons participer dans le même esprit que celui qui nous anime au sein de notre propre association.

La recherche documentaire est loin d'être épuisée, sans préjuger des perspectives qui peuvent s'ouvrir dans le domaine muséographique , de l'édition ou des films L'association fait appel à tous les sympathisants, à toutes les bonnes volontés pour venir rejoindre ses rangs, afin que ces marins oubliés de l'histoire officielle, ne disparaissent pas de notre mémoire collective et qu'ils ne soient pas morts pour rien.

 

Pour adhérer à notre association il suffit de nous le faire savoir par un message à nous adresser par l'intermédiaire de notre boîte aux lettres (voir la rubrique « Nous contacter » en page d'accueil), en indiquant vos coordonnées afin que nous puissions vous faire parvenir un bulletin d'adhésion.